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L’influence des collectifs dans leur organisation

La plupart des collectifs cherchent à influencer les décisions de leur entreprise. Pour cela, différentes stratégies peuvent être mises en place.


Illustration réalisée sur Canva.
Illustration réalisée sur Canva.

Quelle influence a réellement un collectif ? Mesurer son impact n’est pas une mission aisée. La partie visible de l’impact d’un collectif concerne l’empreinte carbone de ses actions, avec des initiatives de sobriétés sur des pratiques internes comme la restauration, les déplacements ou le numérique. Pour certains collectifs, cela représente l’essentiel de leur activité.

Mais d’autres se fixent une ambition plus large : jouer de leur influence pour transformer l’entreprise en profondeur. Dans son étude sociologique sur les collectifs, le sociologue Gaëtan Brisepierre estimait en 2023 que « selon les contextes, les opportunités et le tissage de liens interpersonnels, les collectifs peuvent en arriver à exercer une influence jusqu’au cœur des discussions stratégiques des entreprises ». Dans ces cas, les réductions d’émissions de carbone mesurées ne sont que la partie émergée de l’iceberg de l’impact du collectif.

L’ombre climatique des collectifs

C’est pour répondre à ce même problème de mesure d’influence que la journaliste anglaise Emma Pattee a proposé en 2021 le concept d’ombre climatique. Cette ombre dépasse le simple bilan carbone et permet de prendre en compte aussi les habitudes de consommation, les choix de vie et l’influence qu’on peut avoir sur son environnement.

Dans les faits, cela n’en fait pas non plus une donnée facilement calculable. La journaliste propose une méthode, mais celle-ci a des limites, et il ne faut pas comprendre l’ombre climatique comme un concept remplaçant le bilan carbone. En revanche, il a l’avantage de mettre en avant l’influence qu’une personne peut avoir et pour les collectifs cela met un mot sur une grande partie de leurs actions.

« J’ai renoncé à une mesure précise de l’influence de notre collectif », témoigne Keihann, membre des Climate Catalysts, le collectif de Saint Gobain. Pour ce dernier, « dans une grande entreprise les décisions sont multifactorielles, mais si le collectif a des échanges avec le top management il est en position d’avoir de l’influence », précise-t-il. Dans son collectif, qui a été récompensé du prix de l’influence au Prix des salarié·es engagé·es organisé par Les Collectifs et la Fondation GoodPlanet, ils ont alors décidé de mesurer simplement le nombre d’actions qu’ils mettent en place.

Dans la mesure d’impact du réseau Les Collectifs, l’impact des différents collectifs est ainsi mesuré selon si les collectifs se sont mis dans une position où ils peuvent avoir une influence sur le modèle d'affaires de l’entreprise. Cela peut passer par la création d’une relation de travail poussée avec la direction, l’intégration de la gouvernance, ou la sensibilisation de la direction avec des ateliers ou encore la participation à la CEC.

Un atelier pour le ComEx

Dans le cas des Climate Catalysts, le collectif a mené plus d’une action pour se mettre dans une position d’influence : déploiement de la fresque du climat à plus de 130 000 salariés, présentations au ComEx, création de l’atelier NACABAAR (un atelier déployé dans les ComEx pour projeter le business modèle en 2050), campagne de sensibilisation, etc.

Pour Keihann, l’influence du collectif a été facilitée par le soutien de membres du ComEx, qui ont introduit le collectif aux différentes directions de l’entreprise en leur remettant un prix. « Au début de notre collectif, nous étions surtout connu par le top management, et moins par les directions intermédiaires. »

La stratégie d’influence d’un collectif passe par des liens à différents niveaux. Dans Passeport Collectif, Patrick, membre d’un collectif du secteur de l’assurance, expliquait : « Il est très utile d’avoir de bonnes relations avec des acteurs clés […] pour que ça ne soit pas simplement d’un côté le collectif et de l’autre la RSE. »

« L’impertinence constructive »

Certains collectifs vont ainsi travailler leur influence auprès du CSE ou auprès de directions spécifiques comme l’audit, la finance ou la stratégie. La recherche de sponsor est souvent une base pour la stratégie d’influence. Cela va de pair avec la crédibilité que le collectif peut se créer avec les actions qu’ils mènent en propre.

La posture est un point clé de la stratégie d’influence d’un collectif. Pour Keihann, celle-ci a été tout de suite validée par le ComEx : « l’impertinence constructive». L’idée est proche de celle du pour-pouvoir promue au sein du réseau Les Collectifs. Il s’agit de tenir une ligne de crête entre une exigence sur les transformations à mener et une façon productive et réaliste de les pousser auprès du reste de l’entreprise. Autrement dit, un équilibre à trouver entre interroger ce qui se fait et proposer de nouvelles choses.

Le sociologue Gaëtan Brisepierre parle également de deux stratégies possibles pour les collectifs : l’interpellation « lorsque des salariés engagés font remarquer une incohérence entre les objectifs déclarés de l’entreprise et une action de l’entreprise » et la réflexion prospective qui porte des propositions.

Lettre ouverte au ComEx

Ces deux options peuvent être complémentaires en fonction des opportunités et du contexte de l’organisation. Dans un collectif du secteur énergétique, Mathieu explique avoir jonglé entre ces différentes postures. À la suite d’une prise de position du management allant, selon le collectif, dans la mauvaise direction, ses membres ont décidé de rédiger une lettre au ComEx pour remettre en cause des points stratégiques de l’entreprise.

« On expliquait que les salariés avec une sensibilité environnementale forte avaient du mal à s’y retrouver et que c’était dangereux en termes d’image et d’attractivité vis-à-vis des jeunes. » Il raconte que la direction était surprise, mais qu’elle a suscité un échange avec le collectif.

Selon lui, cela a pu marcher car le collectif a été exigeant mais a aussi montré son attachement à l’entreprise, sa volonté de faire des propositions et sa pertinence sur les sujets environnementaux. À l’issue, le collectif a notamment réussi à organiser un séminaire conjoint entre le ComEx de son entreprise et le ComEx d’une entreprise engagée.

L’influence des collectifs est aussi tributaire du contexte de leur organisation. Ainsi, d’autres collectifs ont également tenté d’entrer en lien avec leur direction sans y parvenir, ou ont pu perdre une position d’influence qu’ils avaient acquise avec le temps. Enfin, certains collectifs fondent leur crédibilité et leur influence sur leur taille : leur objectif est donc avant tout de maximiser leur nombre de membres.

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