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Les nouveaux récits : un outil pour les collectifs de salarié·es

Parmi les nombreux défis des collectifs, se trouve celui d’embarquer largement au sein de son organisation. Travailler sur les nouveaux récits et les imaginaires est l’une des clés. 


Illustration réalisée sur Canva
Illustration réalisée sur Canva

« Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve. » Avec cette maxime, Antoine de Saint Exupéry ne pensait sûrement pas à la bifurcation écologique. Pourtant, des années plus tard, c’est sous ce prisme qu’une partie de l’écosystème écologique relit l'œuvre de l’écrivain lyonnais.

Tantôt réuni·es derrière le terme des nouveaux récits, des imaginaires ou des utopies, ces acteurs et actrices pensent que c’est en partant des rêves que la transition pourra advenir. La filiation avec Saint Exupéry est directe dans le cas de Jean-Pierre Goux, auteur, qui a publié La Petite Princesse en coopération avec la famille de l’écrivain. Il y décrit une utopie écologiste qu’il nomme Révolution Bleue.   

« Remettre en question les évidences »

Pour Julien Vidal, le rêve est un outil puissant à mettre à disposition du récit écologique. Lui aussi auteur, il publiera en juin À quoi rêvons-nous ? Réapprendre à désirer le futur

« Le rêve permet de remettre en question les évidences », décrit le créateur de l’atelier 2030 Glorieuses. Dans la mesure d’impact de cet atelier, l’association estime que 55 % des participant·es ont mis en place des changements suite à l’atelier : dans leur travail, dans leur manière de consommer, dans leur engagement politique ou associatif. Selon lui, cela s’explique par le fait qu’« une fois qu’une personne a posé un rêve, il va rester. Cela peut créer une dissonance qui pousse à agir. »

D’une part, il estime qu’il reste un travail de mise en récit pour transformer des concepts comme le régénératif en « des évidences et des désirs ». D’autre part, il constate un consensus possible autour du récit écologique : « Les études de L’ObSoCo montrent qu’entre les trois formes d’utopies, écologique, identitaire-sécuritaire ou techno-libérale, la première est la plus fédératrice. »

Ce potentiel fédérateur de l’utopie, Olivier, membre d’un collectif dans le secteur de la finance, l’a également observé en déployant l’atelier 2030 Glorieuses à plus de 2000 personnes. « Nous avons été frappé par le fait que tous les scénarios convergent vers les mêmes choses : plus de lien avec la nature, entre les personnes, moins de temps consacré au travail et à la consommation etc. »

Une utopie commune

Avec son collectif, Olivier a poussé pour proposer l’utopie commune dans une vidéo et soutenir financièrement des associations déployant des actions dans cette direction, mais la direction a refusé de soutenir le projet. 

« Nous n’avons pas pu en faire quelque chose de transformatif, mais au moins nous étions rassuré de voir que nos collègues avaient des visions proches », raconte-il. 

Pour les collectifs de salarié·es, mobiliser les nouveaux récits est un levier qui peut être saisi pour embarquer plus largement et convaincre. Avec leur vision, les entreprises sont déjà porteuse d’un récit, c’est donc aussi un axe de travail pour les collectifs. 

C’est ainsi que l’Orse (Observatoire de la responsabilité sociale de entreprises) a travaillé sur un livre blanc sur le sujet, au sein duquel il est rappelé qu’il est nécessaire de créer un récit d’une transition « désirable pour tous » et de « renouveler nos représentations sociales et nos imaginaires collectifs à travers de nouveaux récit ».  

Le document distingue aussi une utilisation des nouveaux récits, comme dans le cas de 2030 Glorieuses, d’une utilisation plus implicite - et plus courante - dont la robustesse peut être un exemple. 

La joie et l’émerveillement

Ces utilisations rejoignent les préconisations de la note Vers un pivot majoritaire de l’écologie de l’IDDRI et Parlons Climat, selon lesquels il est important de « trouver des clivages majoritaires en se basant sur les conditions de vie et non sur la seule question écologique ».

C'est aussi, cette utilisation implicite qui est mobilisée par de nombreux collectifs qui cherchent de nouveaux prismes pour aborder la question de la transformation. Avec son collectif Act for earth chez Quadient, Marie-Christine tente ainsi de construire tous ses messages autour de la joie et l’émerveillement. « Mon objectif est de toucher le plus de personnes, alors la stratégie de mon collectif passe par ces émotions. » 

Pour Arthur Lanter, cofondateur de 2030 Glorieuses, cet univers de la joie et de l’enthousiasme est primordial : « Le rêve et le réel ne s'opposent pas, ils travaillent ensemble. » Il a mis en place Duoz, une plateforme pour créer des binômes s’accompagnant vers la réalisation de leurs rêves. Pour lui, « l'utopie est un marathon », il faut trouver comment avancer avec des petits pas dans le présent, notamment pour éviter les burn-out. Il insiste de même sur l’importance de célébrer les victoires : « si on prend du recul, le fait qu’il y ait la RSE ça vient d’un rêve, ce n’était pas du tout évident. »

Concrètement, de son côté, le collectif Act for earth organise annuellement un clean-up international avec 40 groupes en simultané dans le monde. « C’est devenu un rituel de l’entreprise », décrit-elle. Elle organise ainsi un webinaire de restitution avec des photos de tous les participant·es, l’élection du « déchet d’or » et des quizzs. Son collectif organise aussi des conférences, fondé sur les mêmes principes de joie et d’émerveillement. « Nous avions réuni 350 personnes pour une conférence de la glaciologue Heïdi Sevestre, et ça nous a permis de toucher de nombreuses personnes éloignées du collectif. »





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