L’intégration des non-cadres dans les collectifs
- Massimo Goyet
- il y a 2 jours
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 13 heures
Si dans la majorité des collectifs les cadres sont surreprésenté·es, il existe des cas différents dans le réseau Les Collectifs, et la plupart des collectifs tentent de recruter d'autres profils.

« Si on crée un groupe, est-ce que vous seriez intéressé pour le rejoindre ? » À la fin de chacun de ses ateliers d’une quinzaine de minutes, Antoine posait cette même question. En stage au sein d’un site de SKF, il avait la charge de développer une stratégie bas-carbone. Un de ses premiers objectifs était de développer la culture de la soutenabilité sur son site qui regroupait une usine, un bureau d’étude et des services administratifs, pour un peu plus de 200 salarié·es à l’époque.
Avec le Quart d’heure climat, atelier pensé sur mesure pour aborder la transition écologique et sociale, Antoine a pu recruter un premier noyau de 20 personnes pour son collectif. Dès le début, il a négocié du temps dédié et sa direction a accepté d’accorder 15h par an et par personne. « C’était majoritairement des cadres, mais il y avait aussi des technicien·nes et un ouvrier. »
Le temps comme premier frein
Aujourd’hui membre de la direction RSE, Antoine décrit que l’intégration des techniciens s’est faite naturellement : « Avec le crédit d’heures, les technicien·nes peuvent pointer leurs heures passées dans le collectif. » Pour les ouvriers et ouvrières, il reconnaît qu’ils et elles sont moins présent·es dans le collectif. Pourtant, il présente le collectif à tous les nouveaux et nouvelles arrivant·es, et il a déployé la Fresque du climat à plus de 50 % du personnel.
Cette surreprésentation des cadres est un trait commun à de nombreux collectifs. Avec l’obtention d’un temps dédié, et l’intégration des techniciens et techniciennes, le collectif d’Antoine est déjà avancé.
Pourtant, dans les études statistiques, on ne note pas de différences majeures sur les convictions écologiques entre les cadres et les non-cadres. Ainsi, l’édition de mars 2025 du baromètre des transitions réalisé par Viavoice et HEC Paris montre que 77 % des cadres s’estiment inquiets du changement climatique contre 71 % des personnes interrogées au sein du grand public.
En novembre, Nicolas, référent d’un collectif dans l’industrie, demandait sur un canal de discussion entre membres de collectifs si les autres avaient des retours d’expérience sur la façon d’engager les équipes de production. Interrogé, il explique qu’avec son collectif « on ne s'adresse potentiellement pas à toute l'entreprise : on touche principalement des employés des sites tertiaires alors que l’entreprise a plus de salarié·es sur les sites de production ».
Si ce cas est majoritaire dans le réseau Les Collectifs, il s’explique. Lors de leur tournage du documentaire Eclaireurs, Hélène Cloitre et Arthur Gosset ont été confrontés au même constat. Pour le réalisateur et la réalisatrice : « Le temps disponible est le plus grand facteur limitant à l’engagement, et les cadres peuvent le gérer comme ils ou elles le souhaitent, alors que pour les cols bleus c’est parfois incompatible. »
« Les questions ne sont pas les mêmes »
La question du sentiment de légitimité joue également pour Hélène Cloitre et Arthur Gosset : « Les cadres ont des parcours où on leur a toujours demandé d’exprimer leurs opinions. » C’est une réflexion qu'a mené Sylvain, avec son collectif, Le Roseau. Il décrit une sorte de cercle vicieux : « C’est compliqué, car le fait d’avoir un groupe majoritairement composé des personnes du siège peut être intimidant. » Bien que ce soit un sujet abordé dans les discussions de son collectif, il confie qu’il est compliqué d’y consacrer du temps.
Dans son collectif d’ambassadeurs et d’ambassadrices de la RSE au sein d’une entreprise de l’agro-alimentaire, Henri observe un autre frein. Lors du déploiement de fresques au sein de l’entreprise, le référent a constaté que « les questions ne sont pas les mêmes ». Les préoccupations diffèrent, et dès lors pour le recrutement il a adopté un angle d’attaque autour des co-bénéfices, pour être le plus concret en abordant par exemple la santé ou l’économie.
Pour autant, Henri confirme que la gestion des horaires est le nœud principal du problème. « Pour les employés des sites de production, intégrer le collectif demande plus de prévoyance et une planification des réunions plus en avance. » Si dans son collectif, les membres viennent principalement des bureaux, ils ont récemment intégré deux personnes des lignes de production.
Une organisation nécessaire
Il raconte : « Il a fallu du temps aussi pour convaincre les directions des lignes de productions de s’organiser. »
Cette organisation, Claire, ancienne référente d’un collectif créé sur un site de production d’une entreprise de luxe française, la connaît bien. Sensible à l’engagement écologique, et alors membre du conseil de direction du site, elle avait lancé un appel à volontaires pour constituer un groupe d’une dizaine de personnes, y compris des ouvriers et des ouvrières.
« J’ai eu la chance d’avoir un directeur qui a soutenu cette initiative. Les réunions se faisaient sur les temps de midi avec l’aval de la direction », témoigne-t-elle. « Il fallait un groupe suffisamment important, car tous les membres ne pouvaient pas se libérer à chaque réunion. » Après son départ, le groupe n’a pas tenu dans le temps, mais un des ouvriers continue d’animer des fresques dans l’entreprise.
Cédric aussi a monté un collectif avec principalement des non-cadres dans une structure de l’enseignement technique. Avec presque exclusivement des personnes avec des contrats à 35h, il juge « difficile » de mobiliser en dehors des horaires de travail.
Malgré les difficultés, Antoine continue ses efforts pour intégrer les ouvrier·ères et les technicien·nes. C’est important pour lui : « Si notre but est de transformer toute l’entreprise, alors nous en avons besoin. Ils et elles connaissent mieux certains pans de l’entreprise. »
Et pour conclure, il ajoute que cela va plus loin que sa structure : « L’entreprise est un excellent prétexte pour pousser les gens à agir sur la société, alors il faut aller toucher le plus de monde. »
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Nous avons souhaité rédiger un décryptage sur ce sujet à la suite de la question de Nicolas, car nous n'avions pas de conseils éprouvés à lui partager. Nous avons pu confirmer les freins que nous avions en tête, mais nous sommes toujours preneurs de bonnes pratiques et retours d'expérience supplémentaire. Contactez-nous !


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