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Les collectifs face à l’essor de l’IA

Depuis 2022 et le lancement de chatGPT, l’intelligence artificielle générative prend une place croissante dans les entreprises. Alors que son développement est porteur de conséquences environnementales importantes, les collectifs de salarié·es cherchent à se positionner tandis que le sujet est stratégique pour de nombreuses directions.


Illustration réalisée sur Canva
Illustration réalisée sur Canva

IA. Rarement deux lettres auront fait couler autant d’encre et animé autant de discussions. Au sein des collectifs de salarié·es le sujet est autant présent que sensible. Beaucoup d’entreprises ont la volonté d'avancer à grande vitesse sur le sujet de l'IA, ce qui rend difficile une prise de position plus nuancée pour les collectifs.

Les exemples sont nombreux. Ainsi, une entreprise a fait entrer l’utilisation de l’IA par chaque salarié·e dans la définition de la part variable de rémunération. Objectif : sept utilisations quotidiennes par salarié·e. Dans une majorité de cas, les directions prennent à bras le corps le sujet. 

Interrogé, un référent de collectif raconte que son collectif n’ose pas même sponsoriser un groupe de travail sur l’IA. Le sujet est trop sensible, la locomotive de l’IA trop importante pour y mettre des bâtons dans les roues juge ce dernier. 

Une trajectoire « insoutenable »

Pourtant, dans un rapport publié en octobre 2025, le Shift Project estimait qu’à « l’horizon 2030, la trajectoire dans laquelle se projette la filière centres de données [dont dépend l’IA] est insoutenable ». Dans ses projections, le think tank anticipe une consommation électrique des centres de données en Europe qui pourrait être multipliée par 4 entre 2023 et 2035. 

Le rapport souligne en même temps que « 50 % de la consommation mondiale d’électricité des centres de données en phase d’usage est d’origine fossile. »

Hugues Ferreboeuf, chef de projet Numérique, au Shift Project, précise que sur ces données la place des entreprises reste floue : « Dans l’ensemble, l’adoption la plus rapide de l’IA générative reste sur les usages grands publics, même si dans certains secteurs professionnels elle est implantée de manière intensive par les dirigeant·es qui y cherchent des gains de productivité. » Dans le rapport, on peut ainsi lire qu’en France , 39 % des personnes utilisent quotidiennement l’IA, « principalement dans un cadre personnel mais aussi professionnel ». Ce chiffre monte à 74 % chez les 18-24 ans .

Pour autant, toutes les entreprises ne sont pas en mesure de quantifier leur utilisation de l’IA à ce jour. D’autant plus, que l’expert du Shift Project souligne la présence de « shadow IA » lorsque les salarié·es utilisent des IA grand public sur leur poste de travail. 

Ce dernier parle d’une prédiction auto-réalisatrice selon laquelle ne pas prendre le virage de l’IA serait prendre du retard. « Ce n’est pas rationnel, car les études montrent qu’il y a bien des gains de productivités individuels à très court terme, mais qu’au final le recours à l’IA intensifie la charge de travail et tend à désorganiser les processus collectifs établis », ajoute-il. 

Une posture sur une ligne de crête

Les enjeux ne sont pas seulement environnementaux. Ils revêtent une dimension en lien avec la sécurité, comme alertait la DGSI en décembre 2025, la souveraineté ou encore les aspects sociaux et éthiques. 

En 2025, Les Collectifs a réuni plusieurs membres de collectifs dans un groupe de travail sur la sobriété numérique. Le thème de l’IA y était abordé, et ses membres ont notamment formulé les recommandations suivantes :

  • Sensibiliser les équipes à l’IA responsable ;
  • Optimiser une solution d’IA frugale grâce à l’écoconception (choix du modèle et de son hébergement, optimisation des prompts, du volume de données, etc) ;
  • Exiger la mesure (ou l’estimation) de l’empreinte environnementale (CO2 et eau à minima) ;
  • Mener une discussion pour établir une charte de l’IA.


La plupart des collectifs se retrouvent dans la posture du pour-pouvoir qui implique des prises de positions particulières. Un membre de collectif témoigne : « Porter l'idée que l'on va arrêter l’IA en entreprise est illusoire. » Un deuxième, dans une entreprise du secteur pharmaceutique, décrit que pour parler du sujet il doit faire attention à ne pas « froisser »

Son collectif s'apprête ainsi à formuler trois demandes à la direction : la mise en place d’un comité d’usage ; la suppression de la création d’image (plus coûteuse en calcul) ; et l’ajout de l’utilisation de l’eau dans le calcul de l’impact de l’IA. 

Concernant la sensibilisation, son collectif a mis en place un groupe de travail pour rédiger des communications. La posture reste aussi délicate : « l’impact à l’échelle de l’individu est faible, donc ce n’est pas facile de convaincre ». Il explique chercher des arguments chiffrés et objectifs et se contenter des enjeux environnementaux sans aborder le reste. 

Le collectif peut « susciter le débat »

Dans un autre collectif du réseau, le référent, David, raconte que son groupe a insisté pour porter le sujet de l’IA responsable, mais qu’il s’appuie sur les décisions adoptées par la direction. La question de la mesure a été prise au sérieux dès le début, et un outil a été mis en place spécifiquement. Il a été rendu public sur GitHub

Pour David, dans ce contexte le rôle d’un collectif est de « susciter le débat » notamment avec la sensibilisation. Au sein de l’entreprise, il joue également un rôle de garant des règles établies. Ainsi, alors que chaque projet IT doit valider des critères d’utilisation de l’IA, le collectif a pu se mobiliser lorsque la procédure n’est pas respectée. Comme d’autres collectifs interrogés, son groupe a choisi de laisser les aspects sociaux aux instances sociales et de se mobiliser uniquement sur l’aspect environnemental. 

Président de Data For Good, Théo Alves Da Costa observe de près les débats sur l’IA en entreprise. Pour lui, l'IA est un sujet vaste, porté par des dynamiques politiques et économiques puissantes et des injonctions à accélérer. Ainsi, « les "petits gestes" ou les arguments individuels et moralisateurs ne fonctionnent pas vraiment et sont dépolitisants. »

En revanche, il estime que malgré qu’une personne soit « anti-IA ou pro-IA », il est possible de se mettre d’accord sur le fait qu’il faut des freins et un cadre. Pour cela, il cite des arguments qui peuvent faire consensus au-delà même de l’impact environnemental. D’abord, « les opinions publiques sont majoritairement négatives sur l’IA et plusieurs exemples récents montrent que les consommateurs et consommatrices y sont réticent·es. » La dépendance à l’IA entraîne aussi des risques économiques : « Aujourd’hui, aucune entreprise de l’IA n’est rentable, alors pour y arriver elles devront inévitablement monter les prix, et les boîtes qui en sont devenues dépendantes n’auront pas le choix que de payer. » 












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