Les collectifs face à l’essor de l’IA
- Massimo Goyet
- 23 avr.
- 5 min de lecture
Depuis 2022 et le lancement de chatGPT, l’intelligence artificielle générative prend une place croissante dans les entreprises. Alors que son développement est porteur de conséquences environnementales importantes, les collectifs de salarié·es cherchent à se positionner tandis que le sujet est stratégique pour de nombreuses directions.

IA. Rarement deux lettres auront fait couler autant d’encre et animé autant de discussions. Au sein des collectifs de salarié·es le sujet est autant présent que sensible. Beaucoup d’entreprises ont la volonté d'avancer à grande vitesse sur le sujet de l'IA, ce qui rend difficile une prise de position plus nuancée pour les collectifs.
Les exemples sont nombreux. Ainsi, une entreprise a fait entrer l’utilisation de l’IA par chaque salarié·e dans la définition de la part variable de rémunération. Objectif : sept utilisations quotidiennes par salarié·e. Dans une majorité de cas, les directions prennent à bras le corps le sujet.
Interrogé, un référent de collectif raconte que son collectif n’ose pas même sponsoriser un groupe de travail sur l’IA. Le sujet est trop sensible, la locomotive de l’IA trop importante pour y mettre des bâtons dans les roues juge ce dernier.
Une trajectoire « insoutenable »
Pourtant, dans un rapport publié en octobre 2025, le Shift Project estimait qu’à « l’horizon 2030, la trajectoire dans laquelle se projette la filière centres de données [dont dépend l’IA] est insoutenable ». Dans ses projections, le think tank anticipe une consommation électrique des centres de données en Europe qui pourrait être multipliée par 4 entre 2023 et 2035.
Le rapport souligne en même temps que « 50 % de la consommation mondiale d’électricité des centres de données en phase d’usage est d’origine fossile. »
Hugues Ferreboeuf, chef de projet Numérique, au Shift Project, précise que sur ces données la place des entreprises reste floue : « Dans l’ensemble, l’adoption la plus rapide de l’IA générative reste sur les usages grands publics, même si dans certains secteurs professionnels elle est implantée de manière intensive par les dirigeant·es qui y cherchent des gains de productivité. » Dans le rapport, on peut ainsi lire qu’en France , 39 % des personnes utilisent quotidiennement l’IA, « principalement dans un cadre personnel mais aussi professionnel ». Ce chiffre monte à 74 % chez les 18-24 ans .
Pour autant, toutes les entreprises ne sont pas en mesure de quantifier leur utilisation de l’IA à ce jour. D’autant plus, que l’expert du Shift Project souligne la présence de « shadow IA » lorsque les salarié·es utilisent des IA grand public sur leur poste de travail.
Ce dernier parle d’une prédiction auto-réalisatrice selon laquelle ne pas prendre le virage de l’IA serait prendre du retard. « Ce n’est pas rationnel, car les études montrent qu’il y a bien des gains de productivités individuels à très court terme, mais qu’au final le recours à l’IA intensifie la charge de travail et tend à désorganiser les processus collectifs établis », ajoute-il.
Une posture sur une ligne de crête
Les enjeux ne sont pas seulement environnementaux. Ils revêtent une dimension en lien avec la sécurité, comme alertait la DGSI en décembre 2025, la souveraineté ou encore les aspects sociaux et éthiques.
En 2025, Les Collectifs a réuni plusieurs membres de collectifs dans un groupe de travail sur la sobriété numérique. Le thème de l’IA y était abordé, et ses membres ont notamment formulé les recommandations suivantes :
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